Cthulhu #0 : où je tente de préparer une partie

J’ai acheté l’été dernier la V7 du célèbre jeu de rôle L’Appel de Cthulhu. 

Wow wow wow !

Voilà, ce fut (en gros) la réaction de mon MJ – celui qui m’a tout appris et qui a versé une larme lorsque j’ai décidé de maîtriser des parties. Parce que, oui, Cthulhu c’est un monument du jeu de rôle et c’est un jeu d’ambiance et c’est dur à mettre en place une ambiance. Surtout lorsqu’on débute en tant que MJ. Surtout lorsque ce même MJ presque débutant décide de faire jouer des PJ débutants. Que de débuts !

Le choix : Lettres de sang

Le livre de base propose deux scénarios déjà préparés et bien fournis. Le premier ne m’intéressait pas : il s’agit d’une traque dans la forêt. Il est vrai que cela peut être une très bonne introduction à l’univers de Lovecraft mais mes joueurs avaient expressément formulé l’envie de mener une enquête. Et puis une traque en forêt ça évoque plutôt la poursuite d’un chat égaré dans le bois de Boulogne. Voilà pourquoi j’ai choisi le deuxième scénario : Lettres de sang.

La méthode en couleur de l’élève studieux du premier rang

Je ne savais pas trop quoi préparer pour cette partie. J’ai donc fouillé l’Internet (cette chose merveilleuse) et j’ai bien trouvé ce site mais il a fermé trop tôt (malgré quelques articles très intéressants). J’étais donc seul face à l’adversité, seul face au scénario, seul face à moi-même. Il m’a fallu lire très attentivement et tel l’élève studieux au premier rang (d’où le nom), je me suis armé de trois surligneurs de trois couleurs différentes pour surligner le scénario selon le code suivant :

  • en vert, ce que les joueurs ne doivent pas savoir avant d’avoir fourni de putains de gros efforts ;
  • en orange, ce que les joueurs doivent découvrir (s’ils sont malins) ;
  • en jaune, les descriptions des PNJ ou des lieux.

Ce fantastique code – qui m’a été enseigné rapidement par mon MJ de Qin – est vraiment fantastique, sauf qu’au bout de trois lignes surlignées je confonds les couleurs et, pour me rattraper, je décide de surligner en orange ce qui l’est déjà en jaune (ou en vert), donnant ainsi au texte un aspect parfaitement dégueulasse pour ne pas dire totalement illisible. Pour me rassurer je me dis qu’au moins ce qui est important ressort bien, et qu’en un coup d’œil je peux me référer aux informations essentielles. *mdrrrrr* Je surligne tout…

Plan B : bien lire le scénario

Cette méthode a au moins le mérite de me faire lire deux, trois fois le scénario. C’est mon plan B et je crois que tout est dit dans le titre. Je ne vous ferai pas l’affront de développer.

La poudre aux yeux

S’il y a bien une chose que le monde du travail m’a appris c’est que peu importe la connaissance que vous avez sur un sujet, si vous avez acquis par le passé une certaine aptitude au théâtre et à la prestidigitation, vous serez en mesure de vous sortir de toutes les situations embarrassantes. Attention cependant à ne pas être découvert, ce serait très humiliant.

Je suis donc parti en quête d’aides de jeu assez stylées et j’ai atterri sur ce fort bon site (en anglais) qui propose des coupures de presse des années 1920 et 1930, des télégrammes et toutes sortes de choses comme ça. Je n’ai pas tellement eu l’occasion de les utiliser pour la première partie mais je suis sûr que lorsque je le ferai mes joueurs seront transportés presque cent ans en arrière. J’ai aussi, bien entendu oserais-je dire, imprimer les photos des PNJ pour les accrocher à l’écran. Cela permet à mes joueurs de poser un visage sur un nom, comme on dit quand on voit quelqu’un dont on a longtemps entendu parler sans jamais le voir.

Enchanté de vous rencontrer, je peux enfin poser un visage sur un nom. *mdrrrrrrrrrr*

Je me permets une petit digression à ce moment du récit car ces images délicatement accrochées sur l’écran par le MJ c’est un peu ma madeleine de Proust. Je revois, tout jeune joueur alors, les images dénichées sur l’Internet et accrochées à l’aide d’un trombone par un MJ minutieux. (Je m’arrête là.)

Cette méthode a néanmoins un petit inconvénient. Des joueurs malins (nul doute qu’ils le sont) comprennent très vite que si le MJ a passé des heures sur son moteur de recherche préféré pour trouver une jolie photo c’est que le PNJ en question a de l’importance. Le corollaire de cela étant que si le MJ ne sort pas de photo lorsque les PJ s’adressent à un PNJ, c’est que ledit PNJ n’est qu’un Jean-Foutre indigne d’intérêt. C’est à ce moment là qu’il faut ruser pour induire les joueurs dans l’erreur.

Il s’agit donc là de cacher votre tentative de préparation ratée à vos joueurs en leur sortant du chapeau (#prestidigitation) des aides de jeu qui leur feront écarquiller les yeux. Si ce n’est pas suffisant (et ça ne l’était pas) éclairer la partie à la seule lueur d’une bougie.

La petite mise au point

Comme je l’ai déjà évoqué, je sais que j’ai à table des sacrés lascars. Les sacrés lascars à INS, ça passe ; un peu moins à l’AdC. Je leur ai donc demandé comment ils comptaient jouer à Cthulhu. Voici ce que je leur ai dit :

Comment voulez-vous jouer les amis ? Est-ce qu’on se la fait un peu sérieux ou en mode grosse déconne ? Cthulhu est un jeu d’ambiance. Par conséquent ce serait dommage d’être en mode grosse déconne.

(Il s’agit d’un récit romancé. Personne ne dit « par conséquent » à l’oral et il est impossible de parler en gras-italique.)

Grâce à cette subtile manœuvre psychologique de manipulation, mes joueurs ont répondu en chœur :

Jouons-la sérieux !

Avons-nous réussi ? Cela est une autre histoire… SPOILER : pas vraiment, mais ce n’est pas très grave.

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