Moi, méthodique et minimaliste

Tout petit déjà ma maman n’avait pas à me demander de ranger ma chambre… car elle était déjà rangée #minimaliste. Lorsque j’avais fini de jouer avec mes Playmobil je les rangeais dans la caisse. Et à vrai dire j’ai connu assez peu de gamins comme moi. Le mioche lambda pense ruser et tromper ses parents en cachant ses jouets pleins de poussière et sa crasse immonde sous son lit défait et rongé par les acariens. Désireux d’avoir une chambre FengShui-Playmobil (j’étais non seulement en avance sur mon temps en érigeant le FengShui comme philosophie de vie before it was cool, mais en plus j’avais poussé le concept bien plus loin), je changeais les meubles de place une fois tous les trimestres minimum pour tester de nouvelles dispositions plus adéquates au loisir playmobilesque. Chaque fois c’était l’occasion de faire un tri dans mes affaires. À six ans voilà le genre de mec que j’étais. Pourtant j’avais une vie sociale, des ami.e.s, je pratiquais des activités extrascolaires. Cependant, tel un comte vampire j’étais passé maître dans l’art du faux-semblant pour m’intégrer à la civilisation. J’ai donc toujours caché ce que je croyais être une anomalie voire même un vice. Je me rappelle encore cet épisode d’une série TV américaine bien connue où les policiers enquêtent sur un dangereux psychopathe. Ils se rendent chez lui et pour bien comprendre qu’il est psychopathe :

Mon dieu ! Tout est extrêmement bien rangé chez lui, c’est louche. C’est très très louche. Cela confirme bien ce que nous pensions : c’est un dangereux psychopathe.

Voilà l’image que me renvoie la société… Et vous pensez que c’est facile de vivre avec ça !?

Ajoutez à cela qu’être bordélique c’est être cool, créatif, rebelle, indépendant, libre. Être maniaque c’est être triste. Alors je croyais être triste.

Je suis minimaliste

Et puis ce fut la révélation ! C’est au gré de mes promenades sur la blogosphère française que je suis tombé sur ce nouveau (pour moi) concept : le minimalisme. J’ai alors sautillé de blog en blog comme on sautille de rondin en rondin pour traverser une rivière et se rendre sur l’autre berge. Je me suis rendu sur une berge paradisiaque où les maniaques ne sont plus catalogués et coupables à chaque fois, mis à l’écart, fiché ou même montrés du doigt.

Pour résumer, le minimalisme c’est une philosophie de vie qui consiste à se débarrasser du superflu pour se concentrer sur l’essentiel. L’essentiel étant un concept vague dans lequel vous mettez ce qui vous plait mais cela comprend souvent : sa famille, ses amis, ses véritables passions, ses rêves, etc. Si je demandais à ma sœur Anne ce qu’elle voit venir, elle me répondrait, atterrée, qu’elle voit venir au loin une horde d’esprits chagrins arguant que cette « philosophie » existe déjà et que… nia nia nia.  On n’invente absolument rien, je vous l’accorde. Tel que je le conçois, le minimalisme est une quête de spiritualité, une invitation à l’apaisement en opposition à tout l’agitation ambiante de notre société. Et je pèse mes mots.

Mais qui sont ces gens ?

Je tiens à dire, tout d’abord, que, comme vous, ils sont humains. Je dirai même que c’est une caractéristique commune – pour ne pas dire strictement nécessaire – à toutes les personnes se lançant dans la pratique du minimalisme. Ces personnes ne vivent pas avec un slip, une chaussette, une allumette et deux euros mais à la ville, à la campagne, dans une maison ou un appartement. Parfois avec moins de cent objets, parfois avec la télévision, une console et deux voitures.

Dans le network francophone, j’ai surtout trouvé mon bonheur des blogs tenus par des femmes. Assez souvent, le minimalisme s’accompagne d’un mode de vie végétarien (voire végane), durable et responsable. Mais encore une fois – je n’insisterais jamais assez – il y a autant de manière de concevoir son minimalisme que de personnes : certaines sont mères de famille, d’autres pas. Un seul point commun : se désencombrer physiquement pour se recentrer sur ce qui est important.

Sur le network américain, en revanche, je fréquente plutôt des blogs masculins. L’un des plus connus est theminimalists.com. Les deux auteurs racontent comment ils ont quitté leurs salaires à six chiffres, leurs grosses voitures et leurs grandes maisons pour se recentrer sur l’essentiel. « À trop mener une vie de patachon on finit par se bruler les ailes, (ne) disait (jamais) ma grand-mère. » Le type explique par exemple qu’il avait deux salons, dont un pour son chat, et qu’un beau jour il a pris conscience de la vacuité de son existence. À ceux qui diront que le minimalisme est un concept bourgeois, je vous redirigerai vers cet article (mais croyez-moi il y en d’autres). L’auteur raconte comment il est devenu minimaliste non pas par choix mais par la force des choses quand il a perdu son boulot.

Il y a aussi les voyageurs, ceux qui décident de vivre dans les tiny houses… La liste est longue comme le bras.

Je ne suis pas en train de vous dire qu’en France le minimalisme est un truc de femmes et un truc d’hommes aux USA.

Le lecteur attentif aura donc compris que le dénominateur commun c’est le rejet de la société de la surconsommation. Mais c’est aussi créer un espace de calme et d’apaisement alors que nos sens sont sans cesse sollicités. Le minimalisme c’est commencer à dire non à tout ce qui détourne notre attention en permanence.

Le grand ménage

Je ne sais pour quelle raison on décide d’utiliser la belle vaisselle quand beau-papa et belle-maman viennent déjeuner à la maison et le reste du temps on utilise la vaisselle de merde. Pour les vêtements, c’est la même chose. Pourquoi ne pas avoir chez soi que des choses que l’on trouve utiles ou belles ?

Mon entrée dans le minimalisme s’est fait par le tri de mes vêtements. J’ai dégagé ceux qui avaient fait la guerre, ceux que je ne mettais plus, ceux que je n’avais jamais mis, etc. J’ai fait comme on m’avait dit : j’ai pris tout ce qui trainait et j’ai fait trois tas :

  • ceux que j’aime bien ;
  • ceux qui me font dire : euh… je sais pas…
  • ceux qui me font rire à gorge déployée : MDRRRRRRRRRR !! J’ai porté ça ?

Moi qui ne fais pas les choses à moitié j’ai fait deux tas : 1. et 3. Il n’y a pas de peut-être dans ce monde de brutes, les peut-être sont moqués et piétinés. Et puis c’est tellement un bonheur de vider tout ce qui s’accumule. J’ai donc mis la réunion des ensembles 2. et 3. dans des grands sacs plastiques et je les ai ensuite portés à la borne de don la plus proche (qui n’était pas la plus proche car la plus proche était en bas de chez moi, mais au lieu de ça j’ai préféré faire un kilomètre avec les bras chargés, ça me ressemble assez). Je sais que pour certains cette étape peut être assez difficile. Se séparer des objets qu’on aime, ça peut être difficile. Pour ma part, j’étais heureux comme jamais. Je riais, je chantais et je dansais.

J’ai ensuite fait le tour de mon appartement avec un sac poubelle et j’y ai mis tout ce que je ne voulais plus voir chez moi. Pour terminer le portrait commencé en début d’article, il vous faut savoir que, me sentant anormal de ne pas accumuler des objets auxquels je pouvais attacher une quelconque valeur sentimentale, et qui dans quelques années me permettrait de me rappeler avec nostalgie de doux moments passés, j’en étais venu à garder (précieusement) les flyers et les tickets d’entrée des manifestations culturelles auxquelles je me rendais. Je suis sûr que beaucoup font ça naturellement, pour moi c’était un moyen de m’intégrer à la société. Est-ce qu’on n’atteint pas le summum du ridicule là ?! La réponse est : oui. Après cette phrase de six lignes, revenons au sujet qui nous occupe. Je disais donc que j’ai jeté ou donné beaucoup de choses qui trainaient chez moi, j’ai déplacé des meubles et je me suis senti beaucoup mieux.

Tout ceci ne s’est pas fait sans heurt : le premier soir de tri, j’étais tellement excité – comme un gosse la veille de Noël qu’on oblige à dormir alors que c’est tout bonnement impossible – que je n’ai pas pu trouver le sommeil avant quatre heures du matin. J’étais comme un dingue car j’avais l’impression qu’une nouvelle vie commençait. Finalement le minimalisme, pour moi, ce n’est pas une contrainte. C’est un juste retour des choses. Tout ceci peut paraître bien superficiel mais c’est comme si, tac, d’un coup d’un seul, j’avais laissé s’exprimer cette partie de moi que j’avais trop longtemps séquestrée, bâillonnée, ligotée.

Et ça, mes chers enfants, ça vaut tout l’or du monde.

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